Après le désastre de Copenhagen, il fallait que la grande conférence de Nagoya sur la biodiversité soit un succès. Montrer que ces grands raouts se justifient et que les dépenses engagées pour les fastes entourant ces grands rassemblements ne sont pas vains et façonnent une ambiance adéquate pour que nos dirigeants examinent la situation du monde en toute sérénité et la panse bien remplie de mets délicats. La biodiversité avait bien besoin que l’on se penche à son chevet. La destruction des habitats, la pollution et la disparition programmée d’un grand nombre d’espèces à très court terme n’ont jamais été aussi inquiétantes. A la clôture du sommet, nous poussons tous un grand soupir de soulagement. N’ayant pas pu me rendre sur place, comme nombre de mes confrères, je lis la presse généraliste et spécialisée et les avis semblent unanimes. Nagoya est un succès. Un accord historique a même été signé. La nouvelle est si étonnante et importante que je peine à y croire mais je me dit que c’est peut-être enfin le sursaut que nous attendions de la part de nos dirigeants qui semble ne se soucier que de la finance et du G20. Cependant, les bonnes nouvelles ne durent jamais longtemps. Et en grattant légèrement la surface, force est de constater que Nagoya n’est pas un succès, loin de là. Un échec alors. Pire, un camouflet. Quid de l’accord signé entre les gouvernements ? Peut-on le lire en détail, l’éplucher, le scruter ? Georges Monbiot, journaliste au Guardian a bien essayé mais impossible de trouver trace de ce document (à lire ici). Il a appelé nombre de personnes présentes sur place. Rien. Elles n’ont rien vu. Seul document consultable, celui établi en amont des négociations. Un cadre souple au sein duquel explique Monbiot, chaque pays pourra agir comme bon lui semble, sans aucune contrainte. Nous savons tous où cela va mener la biodiversité... dans les grosses pattes avides des financiers de cette planète. Certes, pour la première fois, la question des ressources génétiques, de leur utilisation dans l’industrie et de la biopiraterie associée a été véritablement abordée. Mais on ne peut qu’émettre des doutes sur l’annonce de l’adoption d’un plan stratégique 2011-2020 pour contribuer à stopper la perte de la biodiversité mondiale. "20 objectifs à la fois ambitieux et réalistes ont été approuvés par les 120 ministres et chefs de délégation présents à Nagoya. comme la suppression en 2020 des subventions dommageables à la biodiversité..." Pourquoi attendre 2020 ? Dans 10 ans ! Quelle hypocrisie. "ou la création d’un réseau d’espaces protégés de 17% de la surface terrestre et de 10% de la surface marine. En complément de cette stratégie, ont été adoptés de nombreux programmes portant notamment sur la préservation du milieu marin, la forêt, le lien entre la diversité biologique et le changement climatique, ainsi que des mesures d’incitation économiques pour préserver la biodiversité." Nagoya s’est achevé, les bulldozers et tronçonneuses continuent à raser des forêts essentielles au climat, à la vie et à notre survie. Les bateaux-usines continuent de piller les ressources halieutiques (La France vient d’être pointée du doigt dans un excellent rapport de l’International Consortium for Investigative Journalism sur le thon rouge. Elle est accusée de fermer les yeux sur le dépassement de quotas mais plus grave encore de maquiller les chiffres des prises afin d’alimenter le marché illégal.). Quant à nous, bercés par l’illusion que nos gouvernants ont enfin perçu l’importance de la crise écologique, nous nous endormons apaisés...
P.S. Ultime camouflet : tandis que les chefs d’états en personne se déplacent pour toute conférence concernant la question des banques, la haute finance, le secteur pétrolier... à Nagoya, seuls cinq pays ont daigné envoyer leur chef d’état ou premier ministre. et un tiers des pays représentés, note Georges Monbiot n’ont même pas pris la peine d’envoyer un ministre. "voilà qui en dit long sur leur attachement aux écosystèmes de notre planète" conclut-il... Je vous laisse méditer cela.